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what is colder than ice? ______ ZADIG |
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Sujet: what is colder than ice? ______ ZADIG Dim 23 Aoû - 14:32 |
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SO MANY TIMES I HAVE TRIED BUT I'M STILL CAGED INSIDE SOMEBODY GET ME THROUGH THIS NIGHTMARE I CAN'T CONTROL MYSELF
Sourire aux lèvres, je fixais l'horloge à laquelle je faisais face. Celle-ci remplissait sèchement l'air calme de ses sons secs et rythmés, tandis que mes yeux suivaient le mouvement rotatoire qu'imposaient les rouages à l'aiguille des minutes. Le temps. Il ne représentait rien à mes yeux, que les secondes écoulées, une mesure qui ne signifiait rien pour moi qui étais et qui demeure insensible à le menace, mon propre défi toujours porté plus loin, aux limittes mêmes de la folie, parfois, le semblait-il. Le mécanisme de l'immense horloge me faisait face, semblant presque me narguer de ses puissants battements dont le bruit résonnait à mes tympans comme autant de lourds tintements d'une cloche qu'on eut sonnée à l'oreille de quelque ivrogne cuvant son vin, affalé conte une paroi, dans l'ombre de la première ruelle rencontrée. Pourtant, quelle différence y avait-il entre un ivrogne et moi? En me voyant, peut-être auraient-ils dit, d'un ton où percerait une sourde indignation, que tout me différenciait de cet homme débraillé aux vêtements souillés par l'alcool et toute autre substance illicite qu'il aurait pu absorber. Et pourtant. Qu'est-ce qui distingue vraiment les êtres entre eux? Leur nature la plus profonde. Qu'est-ce que fait un buveur, donc? Il boit. Mais avant de boire, il commence par désirer boire, en voyant quelque baril de bière qu'il espère déjà percer avant de s'engorger du liquide rouge, d'en boire à satiété avant de recommencer le lendemain. Il est dans sa nature de boire, de désirer boire ce qu'il voit, ce qu'il sent... pas ce qu'il imagine, car même nos fantasmes les plus fous ne sont pas tangibles. Ce ne sont que des images tirées d'un imaginaire aujourd'hui révolu, un espoir éphémère brûlant comme une ridicule petite allumette dans les ténèbres environnants. Alors vraiment, étais-je différente de cet ivrogne? Non. Parce qu'on commence par désirer ce qu'on voit tous les jours, ce qui est à la portée de nos sens. Ces gens que je sentais tout autour, ce plaisir que je me faisais à les manipuler, à les modeler comme de l'argile entre les doigts d'une artiste, ne m'étaient rien, que ce qu'ils pouvaient m'apporter, que l'amusement léger qu'ils suscitaient en moi, et je sais que c'est une tâche difficile, de créer en moi un amusement autre que le mépris amusé.
Pourtant, il y avait de ces êtres dont l'aura m'attirait avec plus de force encore qu'une lumière attire un papillon, ces gens qui s'approchaient de moi, fascinés, sans savoir qu'ainsi, ils avaient signé leur arrêt de mort et qu'alors, l'heure précise de la fin de leurs jours dépendrait de mon humeur ainsi que de mon bon-vouloir. Et tandis que mon esprit acéré s'égarait, mes yeux fixés sur l'aiguille décomptant les minutes qui s'écoulaient, je ressentais avec une satisfaction sadique, animale, que la dernière heure de tant de gens était venue. Qu'aurait-on pu espérer de plus de ma part, moi qu'on avait si souvent surnommée la femme iceberg, celle qui charme et qui veut ien sourire, mais dont les yeux ne sourient pas. Pourtant, pourtant ... ils tueraient pour faire un tour dans mon lit, et ce n'est que par principe que je me plais à les refuser les uns après les autres, malgré ce désir incessant qui déchire toujours mon être, me murmurant lentement sa litanie à travers mes veines, pulsant à mes oreilles comme la plus douce des musiques. Un sourire carnassier dévoilà mes dents blanches, trop blanches, dont la blancheur n'était surpassée que par celle de ma peau. Les sens aux aguets, si j'avais pu entendre mon sang coulant dans mes veines, je l'aurais entendu pulser avec une force féroce, car je savais bien que c'était dans ma nature la plus profonde. Dominer ou être dominée. C'était un jeu fascinant lorsqu'on trouvait le bon partenaire. Et c'était si rare que j'en étais presque venue à songer qu'il me serait impossible de trouver quelqu'un à la mesure de la manipulation et de la dérision qui faisaient tout mon être. J'avais tort. Une bénédiction ou une malédiction? Peu importe. Je ferai mon temps, mais ce jeu est beaucoup trop excitant pour que je ne m'y jette pas corps et âme.
Le silence était un concept exceptionnellement subjectif, quand on y songeait un peu. Un homme travaillant à l'érection d'une tour devait bien songer, en revenant le soir chez lui, que d'entendre les chiens du quartier aboyer était la plus douce des musiques, la plus reposante également, tandis qu'un moine, par exemple, se devait bien entendu d'être harrassé par tout bruit résonnant dans l'air, hormis le classique grattement des stylos contre le papier de vélin utilisé pour servir de réceptacles aux missives moniales. Qu'est-ce qui, pour moi, incarnait le silence? Oblivion. Le Néant. Rien. Je ne pouvais, considérant mon ouie phénoménale, jamais avoir droit à un moment de répit complet. Voilà bien ce que j'enviais aux autre: leurs sens faibles, ternes. Depuis ma noyade, les miens, exacerbés à un point où on n'aurait pas même pu songer à les mesurer à l'aide de l'aune humaine, m'empêchaient d'avoir droit à la paix. Les détails les plus minimes me semblaient énormes, et de ne pas me concentrer sur ceux-ci représentait un défi de taille à mon encontre. Aussi le sentis-je bien avant qu'il n'arrive. Comment ne pas tressaillir à son approche, alors que je savais qui arrivait? Je m'étais dit que personne n'était à la mesure de cette dérision en moi. La manipulation était l'air que Zadig respirait, et ce jeu entre nous était si excitant que je ne pouvais m'empêcher de m'y emmêler toujours davantage, voulant savoir jusqu'ou nous nous rendrions dans notre folie. Car c'était bien la folie qui nous poussait. Je voyais en lui tant de haine à mon encontre... pourquoi, je n'en savais rien et n'en avais cure. Il avait illuminé les nuits que nous avions passées ensemble d'une lumière si éclatante que je me sentais aveuglée... et il y avait en lui une tendresse qu'il tentait de dissimuler mais que je voyais, ayant passé trop de temps à scruter les gens autour pour ne pas la sentir. Je n'en faisais jamais mention, sachant qu'il se replierait en un instant sur lui-même ... j'en étais consciente: j'aurais fait de même. C'est avec méfiance que nous nous étions tous deux approchés, conscients de jouer avec des joueurs d'une plus haute catégorie que ce à quoi le commun des mortels nous a habitué.
Je l'avais refusé. Simplement pour voir le dépit sur son visage. Et je n'avais pas été déçue. Le dépit, mais également quelque chose qu'on ne voit que très rarement sur le visag des gens, du moins à l'état brut: la rage. Une rage passionnelle, brute, féroce. Plus jamais ne me regarda-t-il. C'est taraudée par mon souvenir de ce regard brûlant que je me risquai à reprendre les avances qu'ils m'avait faites, aussi peu subtiles que possible dans son cas, peu évidentes mais bien présentes dans le mien. Il fallait dire qu'avec les années, c'était un art que j'avais maîtrisé depuis longtemps. C'est avec délices que je me suis glissée entre ses draps, sous ses mains, explorant avec lui le pays des sensations avec une acuité plus précise encore, plus extatique que jamais. Deux ou trois fois, au cours de la semaine qui venait de passer. Ce qui adviendrait, je n'en savais rien. Ferais-je partie du futur de Zadig Obrawsky? Il m'avait dit que j'étais différente, et j'avais cru voir un semblant de sincérité dans ses yeux trompeurs, dans son regard sombre dans lequel j'aurais voulu me noyer ... Mais pour quelqu'un qui passait son temps à manipuler, mon mot d'ordre était la méfiance. Aussi ne l'avais-je pas cru, il l'avait vu, avait constaté ma méfiance -qui m'en blâmerait?- et n'avait rien dit. Mon regard se tourna vers les entrepôts désaffectés, où je me dirigeais, consciente qu'il me suivait à présent, consciente du tableau de chat et souris qui s'instaurait. J'avais encore sur ma bouche le goût de cet étudiant de troisième année qui m'avait tenue si ardemment la nuit dernière, encore la sensation de ses doigts sur ma peau. Luxure, quand tu nous tiens... L'aurait-il appris? C'est avec un léger sourire aux lèvres que je lui fis face, faisant taire le hurlement de désir qui, déjà, reprenait possession de mes entrailles, croisant mes jambes mises en valeur par des bottes hautes, appuyant mon dos vers le mur.
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Sujet: Re: what is colder than ice? ______ ZADIG Dim 23 Aoû - 22:28 |
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Zadig avait passé une bonne partie de sa matinée à rêvasser puis fulminer. Normalement dans son lit, Sunday avait échappé à sa vigilance et n’était pas réapparue aussi rapidement qu’il l’avait souhaité. Elle se faisait distante. Plus qu’a son habitude. Le bellâtre avait rapidement deviné qu’un autre que lui se cachait sous la couette. Une goutte d’eau faisant déborder le vase ? Pas vraiment. En cet instant, ce n’était que pure jalousie de sa part. N’acceptant nullement que sa conquête aille butiner d’autres jardins que le sien. Possessif à n’en point douter, voilà que le bel apollon tournait en rond tel un félin en cage, dans sa chambre qui à son gout était trop éclairée par le soleil . L’étudiante était ce que l’on appelle un objet, un jouet, un spécimen bien déterminé qu’il ne souhaitait voir que toujours plus sombrer dans ses bras désireux de l’étouffer. Etrange paradoxe, il en va s’en dire, mais vérité terrible pour l’esprit de l’aliéné célèbre. Se laissant finalement retomber sur le lit et fixant le plafond blanc. C’est que cet axe de vue n’avait plus de secrets pour lui. Il lui paraissait en connaître les moindres détails, la moindre fissure. Son être tout entier était enragé. Encore quelques minutes, et il se mettrait en chasse. Le prédateur n’allait pas laisser une chance à son insolente proie. Elle pouvait jouer autant de temps qu’il lui plairait, mais le retour de flamme allait encore une fois être d’une violence superbe. Grognant seul et serrant les poings, le voilà qui se lève furibond et s’habille frénétiquement. En moins de temps qu’il ne le faut pour le penser, le grand brun était dehors, claquant la porte à la volée. Une cigarette déjà entre les lèvres, Zadig marche dans la rue l’allure hautaine. Il lorgne de son regard de braise les vénus qui s’échappent en souriant ou éclatant de rire. Lui, une étrange torsion de sa bouche illumine son visage qui auparavant n’était que furie. Il charme, séduit et on le lui rend bien. De quoi redorer son orgueil et sa fierté. La petite garce va devoir faire des efforts pour regagner une soirée ou deux entre ses draps. Pardon ? Ce n’est pas comme cela que ça marche ? Entre ces deux là, il se pourrait cependant que ce concept fonctionne. Se détruire, se déchainer pour finalement s’exalter jusqu’à presque s’en tuer. Magique feu d’artifices, tourbillon délirant et passionné. De quoi faire jaser. La ville s’offre à ses yeux fascinants mais loin d’être fascinés. Les mains dans les poches, Zadig est une jeune homme arrogant et fière. Ses cheveux, boucles brunes, presque noires, virevoltent dans les airs et lui donnent une allure toujours plus adorablement débraillée. Un démon du vice, qui en arrive à faire fantasmer les braves mères au foyer. La clope arrivant à son terme, il s’arrête, la balance vulgairement et en allume une autre. Ses poumons doivent être sombres. Deux immondes tâches goudronnées. Le messager de Satan ne semble guère s’en préoccuper, car après tout, il devine que sa vie ne s’éternisera pas sur cette terre. Il en a trop profité. Reprenant sa marche d’un pas décidé, il arrive bientôt à l’endroit prédestiné. Il sait qu’elle s’y trouvera. Parce que le jeu là bas est doublement plus excitant. Pénétrant dans les entrepôts désaffectés, Zadig voit la belle ingénue, qui au fond ne l’est plus tellement. Prenant garde de ne pas attirer l’attention d’un quelconque étranger trainant dans les parages. Il se lance à sa poursuite, imperturbable. Tenant une distance raisonnable, Sunday se fond dans le paysage, elle le traverse, elle s’en extirpe. Le russe en vient à avoir un peu de mal à suivre. L’odeur de sa tromperie lui embaume le nez, Zadig n’a plus de doute. Sa démarche, sa frimousse, tout paraît la tromper. Ou serait-ce juste une manière pour lui de se justifier ? Un sourire naissant s’insinue sur ses lèvres, il commence à véritablement s’amuser. Jetant la fine dose de poison fumant par terre et en écrasant les cendres encore rougies par le feu. Il active le pas, bientôt il la perdra. Tournant finalement, il l’aperçoit, posée contre un mur. Plus allumeuse, on ne peut mieux faire. La petite s’y connait, c’est son domaine. Baissant la tête de côté et mordillant sa lèvre inférieure car diablement enjoué. Il s’approche, encore, un petit peu, toujours plus. Dorénavant à ses côtés, il vient sans un mot enfouir son visage dans le creux de sa nuque. Dans un soupir il parle enfin, et brise tous espoirs d’une possible étreinte. « Tes dernières nuits ont été bonnes ? » Redressant sa figure et plongeant son regard dans le sien. Aucuns détours possibles, il s’en amuse, ça le ravit et puis l’irrite. Il s’échappe et part quelques enjambés plus loin. La lorgnant en haussant les sourcils, il veut qu’elle s’énerve. Le combat de lions va commencer, il sourit, de ce sourire détestable et agaçant. Plissant un œil pour tenter d’entendre une parole qui ne vient pas, il enchaine donc immédiatement sans lui laisser le temps de se débattre. « J’espère au moins qu’il a réussi à te faire découvrir de nouvelles tendances qu‘on pourra tester. Tss. Suis-je stupide, c’est toi qui t’en es chargée pas vrai ? Gentille petite, toujours prête à rendre service. » Il veut la blesser, il la choppe et referme les mâchoires sans hésiter. Gestes secs, violents, rapides. Ses sentiments ont toujours cette fréquence. Elle le sait, elle le connait. Ca l’énerve, mais il ne parvient jamais à se restreindre. En crescendo, en soit, il devrait se mettre à devenir de plus en plus infecte. Peut être parviendra-t-elle à stopper sa démente jalousie. Toujours les mains dans les poches, il frappe l’air de son pied, et finalement s’adosse à la gigantesque caisse vide face au mur. Face à elle, cette nymphe qui doucement et innocemment ne se destine qu‘a souffrir en sa compagnie, et puis aussi se détruire. Le duel est d’une dangerosité mortel, il le sait. Mais il en est sûre, passer à l’acte lui sera impossible. Pour le moment. Son regard fiévreux se baisse sur le sol poussiéreux, il songe. Ce qu’il va dire n’a plus d’importance à cet instant, il réfléchit à bien plus dérangeant. Serait-ce possible qu’elle découvre son masque ? Est-ce possible qu’elle sache ou qu’elle se doute de ce qu’il est ? Si tel est le cas, fuit t’elle ? Cela expliquerait beaucoup de choses, ou bien pas. Il ne sait pas, il ne la comprend plus. Son crâne lui fait mal, son sang tape douloureusement dans ses tempes. Après tout pourquoi s’évertuer à la mettre au bout d’une laisse, la luxure est son vice. Il l’a compris dès leur première rencontre. Sunday ne lui laissera jamais une place d’exclusivité. Serait-ce pour lui déplaire ? Pas vraiment. Paradoxes intéressants, contradictions incessantes. Ca suffit. Il relève son crâne d’écervelé et attend sa réaction, sa réponse. Il ne veut pas en perdre une miette, il veut la voir avaler le venin et lui infliger les blessures dont elle seule a le secret. Comme un sale gamin pervers, il jouit déjà de l’attaque prochaine.
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Sujet: Re: what is colder than ice? ______ ZADIG Dim 23 Aoû - 23:11 |
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Il me rejoignit finalement, proie ou prédateur, je ne le savais pas, car déjà il apparaissait que ces deux rôles se confondaient quand il en venait à Sunday et Zadig ... Je n'étais pas pourchassée, je l'avais tranquillement mené vers l'endroit que j'avais choisi, consciente que dans sa fureur, il ne pourrait s'empêcher de me suivre. La jalousie le rongeait, car il savait. Je savais qu'il savait, comme on dit. Quelle pitié. Bien entendu aurais-je moi-même ressenti ce frémissement jaloux, mais dûment réprimé avant de franchir mes lèvres, il n'en aurait rien su. Il m'avait toujours été d'une prodigieuse difficulté que d'ignorer ce que mes songes me hurlaient. Pourtant, je ne pouvais plus nommer ce que je ressentais sans employer le mot mélange. Je l'avais face à moi, Zadig Obrawsky, celui dont on parlait tant depuis son arrivée à l'université. On parlait de tout chez lui, de son charme, de son élégance et de son physique à tomber par terre. Mais jamais ne faisait-on mention de la violence qui régnait en lui, indissociable de son être complexe. Dans ses moments d'égarement au cours desquels il perdait tout contrôle, je ressentais pour lui un étrange mélange de fascination, du type qu'on ceux contemplant la beauté d'un ouragan rageur arrivant à cent milles à l'heure et venant les détruire, et de pitié. Pitié pour cet être qui n'avait aucun contrôle sur lui-même, en parfait contraste avec moi qui passais mon temps à me scruter, éliminant depuis longtemps toute réaction néfaste, depuis si longtemps que je ne me rappelais plus de la dernière fois où un acte autre que sexuel avait été impulsif et sincère. Froide. C'était ainsi qu'on me considérait. Charmante et froide. La femme iceberg, m'appelaient-ils. Aussi froide que je puisse sembler, c'était bien de la pitié que je ressentais pour lui alors qu'il réagissait ainsi, comme un enfant boudeur qui ne supportait pas de partager son nouveau jouet avec quelqu'un d'autre. Une grande pitié teintée d'un mépris amusé. Mais, n'éprouvant pas un désir particulier de me faire massacrer, si le dernier paraissait avec évidence dans mon regard et dans mon sourire, la première demeurait secrètement enfouie en moi. Mes deux yeux clairs se posèrent sur son visage, remplis d'une interrogation à demi-feinte, celle d'une jeune fille innocente qui ne voit pas ce qu'elle a fait de mal. Je voulais le faire exploser, le blesser, car ce n'était qu'en explosant qu'il retrouvait son calme, cet inconstant jeune homme qui m'avait tenue à quelques reprises entre ses bras musculeux. Je voulais le blesser, l'agacer, lui montrer qu'il n'avait aucune emprise sur moi et que ses vaines piques ne me blessaient pas. Il voulait me blesser, m'agacer, et ses tentatives ne me parurent que plus amusantes encore. On choisissait d'être blessé ou pas, peu importe ce que les autres disent, il aurait dû le savoir depuis longtemps. Aussi lorsqu'il mit ses lèvres contre mon cou, respirant contre ma nuque l'instant d'un soupir, je le laissai faire, ne permettant pas à mon propre corps de réagir, figée comme une statue de cire, glaciale comme la mort. Je savais ce qu'il attendait de moi. Que je m'élève contre lui, que je me fasse pardonner. Malheureusement, l'autorité de qui que ce soit avait tendance à atteindre ses limites là où naissaient mes désirs. Et je ne flancherais pas. Zadig Obrawsky exploserait. Et lorsque ce serait fait, peut-être me ferais-je pardonner, non pas pour lui mais pour mon bon plaisir.
Sa question, dont la menace sous-jacente était si évidente que j'aurais pu pouffer de rire, me laissa de marbre alors qu'il s'écartait sous mes yeux. La mesure de mon talent était représentée à l'aune de ses yeux scrutateurs, glissant sur moi avec une intensité que je n'ai retrouvé qu'en un seul autre regard: celui de mon frère, Evan. Réprimant une lueur de tristesse de s'insinuer en mon regard pour ne pas que Zadig puisse croire qu'il en avait été l'instigateur, je croisai simplement les bras sur ma poitrine, prenant conscience de la tenue de soie légère que je portais exactement comme si je la voyais pour la première fois, mon dos protégé par la veste ouverte noir découvrant la peau d'albâtre de ma gorge blanche. Pourtant, je me donne la peine de répondre, davantage par courtoisie que par intérêt. « Mes nuits ont été plus qu'excellentes, merci. Puis-je m'enquérir des tiennes? » Toujours cette voix si douce, ce ton invitant ne tentant même pas de dissimuler la menace, et cette courtoisie à laquelle on m'associait depuis si longtemps déjà. Et déjà, la pique. Mon ton était rieur lorsque je repris la parole, rempli d'amusement, d'une parfaite moquerie qui, je le savais, avait la fâcheuse tendance à l'enrager. Je pouvais le voir devant moi, malgré son immobilité, il m'évoquait un grand fauve en cage qui n'attend qu'une minime ouverture pour se jeter sur sa proie. Et si sa proie était un second fauve...? Le jeu n'en deviendrait que plus intéressant. « William possède une dextérité et un contrôle que je n'ai encore jamais rencontrés, si ces détails triviaux t'intéressent tellement. » J'avais légèrement insisté sur le contrôle, ce concept qui faisait si évidemment défaut au jeune homme qui se tenait devant moi. Des grands yeux de biche bleus comme le ciel le fixaient d'un air innocent, avec une trace d'amusement tranquille au fond de mes prunelles. Et déjà il s'agite, déjà ne peut-il plus garder sa position si tranquille, solide et coulée dans le béton. Difficile, difficile, de maintenir une illusion en vie ... Je repris plutôt, n'attendant pas sa réplique qui serait cinglante, je n'en doutais pas.
J'avais toute son attention et c'est en quelques enjambées de mes longues jambes que je le rejoignis, un air à présent si sérieux sur le visage, une fascination mi-feinte mi-honnête au fond des yeux, que j'approchai mon visage si terriblement près du sien, comme pour l'embrasser ou pour le mordre. Je pouvais tout voir: les veines de ses yeux fatigués, les fines pattes d'oie au coin de ses yeux qui rendaient ceux-ci plus séduisants encore. Je sentais l'odeur de tabac qui tentait encore de s'accrocher à ses vêtements et à ses cheveux. Mais je m'arrêtai alors que nos nez étaient à quelques milimètres de se toucher et passai un doigt léger sur sa tempe, dont je pouvais sentir le sang battre furieusement au rythme d'une mélopée qui aurait pu bercer mes nuits éternellement. Car il était là, ce désir, il transparaissait en mon regard car je n'en avais cure, qu'il voie ce désir mais également ma moquerie, ma volonté. « Petit prince des ténèbres ... » C'était davantage un murmure, presque aussi inaudible qu'une brise, et je ne savais pas s'il m'avait entendue ou pas. Ne restait dans mon regard que la fascination qui ralentissait mes mouvements alors que le long doigt à la dextérité experte que j'avais tendu vers lui traçait la courbe gracieuse de sa mâchoire et toujours cette éternelle ironie, cet amusement. Je devais être masochiste.
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Sujet: Re: what is colder than ice? ______ ZADIG Lun 24 Aoû - 23:52 |
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Il la regarde, et puis hurle intérieurement. Une harpie comme celle-ci se faisait rare dans sa vie. Peut être est-ce donc pour cette raison qu’elle garde sa fragile existence. Les doigts de Zadig sont incapables de la lui enlever. Le monstre déchainé s’immobilise, et songe à répondre l’une de ses plus croustillantes insanités. Trop tard, voilà que la vénus enchaine, et sa curiosité malsaine s’invite en son être. Ecoutant ses paroles détestées, grognant presque à l’entendre si soigneusement le narguer. Des nuits, il en avait passé en quelconques compagnies. Quelques unes par ci, d’autres par là-bas. Pas beaucoup. Et puis, la question n’était pas là. Il n’avait pas à se justifier. Plissant les yeux et faisant une moue avec ses lèvres fines. Les mains dans ses poches se serrent pour ne plus que former deux poings compacts. Aurait-elle le don de le mettre en rage ? A n’en point douter, c’était l’un de ses talents les plus respectables. Un nom apparait sur le visage de l’inconnu. Bientôt, il découvrira où il se cache. Les contacts, il n’en manque pas. L’avorton ne se fera pas prier. Il allait lui parler, le détruire, le faire fuir. Comme tous les autres avants, et puis ceux à venir. Car non, on ne peut empiéter sur les platebandes de ce cher apollon. Incontrôlable, Sunday devrait le savoir. Se jouer de la sorte de son esprit malade était une belle tentative, mais dangereuse et inconsciente aussi. Levant les yeux au ciel, et passant sa langue sur sa lèvre inférieure, il est nécessaire d’échapper à son regard et de calmer toute cette tension qui s’agite dans sa poitrine. Elle est son jouet, celui qu’il ne supporte pas de partager. Elle le dégoute, et puis le fascine. Paradoxe étrange, et durement mérité. Le contrôle. Un concept vraisemblablement inintéressant et nullement important. Le contrôle ne parait servir à rien. Il enchaine les pauvres âmes, il les laisse se tarir, disparaître, s’éteindre, voir même s’évanouir. L’existence humaine est trop courte, cette chère madone devrait le savoir. Et ne pas en profiter pleinement, résumait à dire, se contrôler. Se fixer des barrières impensables, se tenir à l’écart des sentiments de l’instant. Tout préméditer sans jamais se laisser submerger. Une sorte de masque implacable que l’on s’imagine pouvoir faire passer pour réalité aux yeux de ce dégénéré superbe. Sunday était la victime du contrôle. Elle pouvait lui dire et tenter de le persuader qu’il était l’animal stupide et impulsif. Lui, ne voyait en elle que cette gamine, qu’elle tentait de dissimuler sous de faux airs de femme fatale. A n’en point la blâmer, car c’est ce jeu qui l’excitait. L’observer sans broncher et percevoir la moindre faille dans son manège insensé. L’espèce humaine n’avait pour lui aucun secret. Ce n’était que sa débile nature qui le laisser désespéré. Agacé par ses propos et peut être ressentant soudainement un ennuie profond pour la discussion qui s’annonçait. Zadig avait cette fâcheuse tendance à agresser et lacérer. Attendre sagement une réponse. Et puis finalement s’en échapper aussitôt le mal effectué. Parce que ça ne sert à rien. Parce que réfléchir n’est pas de mise. Soufflant de dépit, et lui montrant donc ouvertement qu’il se fiche de ce qu’elle lui dit. C’est un enfant, un gosse mal élevé qui écoute sa mère lui rendre un sermon. Ses yeux d’un bleu irisé le lorgnent. Il la fixe de son regard infernal. Un léger sourire apparaît sur son visage. Il s’élargit évasivement et demeure à sa place favorite. Logé dans les coins de sa bouche, Zadig à l’air de se moquer de l’instant présent et de ne plus vraiment penser à la crise préalablement établie par ses bons soins. Elle en fait de même, mais pour d’autres raisons. Soudain elle avance vers lui. Sa figure d’ingénu sordide se raidit. Il sert les dents, sa mâchoire se crispe. La voilà au plus près du démon désiré. Trop vite, Trop tôt. Il n’a pas encore assez hurlé, il ne s’est pas encore suffisamment défoulé. Inspirant son odeur et s’en délectant par avance. Elle le laisse insatisfait et puis terriblement émoustillé. La chaleur de sa peau immole la sienne. La lionne semble vouloir le mordre, et puis aussi le lécher. Qu’elle lui arrache la chaire, qu’elle défasse ses traits, il ne demande que ça. Le pou n’est plus vraiment rapide dans ses veines, mais il raisonne à lui faire exploser le crâne. Comme un vilain diable jouant du tambour dans sa tête, et faisant se répercuter les notes moqueuses dans son conscience détraquée. Sa petite protégée le sait. Ses doigts délicats viennent apaiser la douleur avec dextérité. Le temps s’affole, il craint de voir les deux félins se reposer à la langueur de promesses non dites mais pensées. Qu’importe, le jeune russe lit dans le regard de l’impertinente comme dans un livre ouvert. Laissant échapper une main de son pantalon, voilà que cette traitresse vient caresser la joue du bel ange lui faisant face. Du revers, il s’attarde sur ses pommettes, et puis fait glisser le bout de son doigt sur l’arrête de son nez. Etrangement, Zadig n’a pas encore ouvert sa bouche. Rien d’infecte n’est sorti pour venir empoisonner la proie déterminée. Elle l’appelle. Imperceptible, le son lui éclate pourtant les tympans et le fait immédiatement tressaillir. Comme le crissement d’une craie sur un tableau noir, il s’électrise. Ce surnom est une évidence, mais une grave erreur de sa part. Ne bougeant plus, il ressemble ainsi à l’une de ses statues de marbre que l’on découvre dans les musées. Sunday continue cependant ses gestes et vient s’attarder sur le contour de sa mâchoire engourdie. Se relâchant, il réalise à quel point cette fille est d’une délicieuse innocence. Elle ne paraît pas voir la portée de son affirmation. Le messager ne sera pas forcé de lui écourter sa misérable destinée. Dommage, l’endroit était pourtant si parfait… Laissant finalement s’échapper sa seconde main qui auparavant été enfouie, elle aussi, dans son jean de terrible dandy. Il la prend par la taille et vient la plaquer contre la caisse qui lui servait de reposoir. Bloquant la jeune femme, elle ne pourra pas s’esquiver, il la domine de toute sa hauteur. Un large sourire carnassier vient s’inviter au regard contrarié de Zadig. -« Ma chère demoiselle, vos ébats me laissent pantois. J’espère au moins que vous avez pensé à mon humble personne, complètement désemparée, lorsqu’il se mêlait à vous. » Penché sur elle, une allure sarcastique et charmante se mêle aux traits de son fragile portrait. Il enchaine sans qu’elle ne puisse répliquer, car ce qu’il préfère, ce sont les dialogues de sourds. Il est d’une hypocrisie sans bornes, mais cette galanterie oblige à se laisser damner par les douces paroles. Une main collée au mur derrière elle, l’autre finalement s’échappe de l’attention de la poupée blonde. Posée sur le ventre de cette dernière, elle s’égare doucement, cherchant son chemin. -« Oh et puis… Après tout. Je peux très bien me passer de vous. » Voilà que la coquine vagabonde claque d’un mouvement vif les fesses de la pauvre demoiselle. Prenant un air circonspect et désolé. Zadig s’écarte immédiatement d’elle et feint une attitude stupéfaite. Telle une vieille femme spectatrice de la scène, il met sa main devant la bouche et écarquille les yeux. Acteur plutôt bon, laissant échapper un gloussement soudain. -« Mais dites moi petite ! Vous poussez les hommes respectables à bien vilains vices !»
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what is colder than ice? ______ ZADIG |
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