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 Autour de la mort, l'amour rencontrera la haine. [Z]

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MessageSujet: Autour de la mort, l'amour rencontrera la haine. [Z]   Dim 23 Aoû - 17:14

Perché aux bords de la falaise, Phoenix ignorait encore la raison qui l’avait poussé jusqu’ici. La raison qui l’avait conduit jusqu’à un miniscule bateau luttant péniblement contre les vagues, pour arrêter sa route sur un île parfaitement inutile. Ou plus exactement, il préferait l’ignorer. « L’île des pirates », comme ils aimaient bien l’appeler. Entre merveilleux trésors et amer cruauté, elle portait bien son nom, on ne pouvait pas le nier. Loin de l’épave aussi imposante qu’emcombrante, la plage d’une artificialité assumée et la cascade gelée, c’est vers les falaises que ses pas l’ont guidé. Lui, il s’est juste laissé aller. Et cette fois, la destination lui convenait. Les falaises n’avait rien de spectaculaires, elles était seulement dangeureuses. Dangereuses, et vertigineuses. Phoenix avait depuis bien longtemps perdu la capacité de s’émerveiller, mais il avait toujours gardé cette furieuse excitation face au danger. Et puis, c’est dans ce genre de lieu élevé qu’il s’était condamné. Pointant l’arme du crime près de sa victime, suffisamment proche du bord pour sauter. Fermant lentement les yeux, les souvenirs revenaient. Et pour une fois, il les laissait s’imposer. Allant jusqu’à se transposer sous forme d’images, de mots, de cris, que Phoenix se forçait d’écouter. Une douloureuse punition qu’il avait l’habitude d’endurer, et qu’il continuait de s’infliger, comme pour leur montrer qu’il regrettait.

Le bruit sourd d’une arme déclenchée, les cris stridents d’une fille qui sentait déjà le bonheur s’éloigner, le visage neutre de la victime au souffle coupé. Par la force de la balle, le sang continue de couler, et le corps déjà inerte commence à basculer. Un pas, peut-être deux, et la chute peut commencer. Une longue chute de la falaise à la mer, de la vie à la mort. Il n’avait pas crié, il s’était seulement évaporé. Mais le sadisme du regret faisait parfois naître en Phoenix un bruit sourd, le plus dur à supporter. Celui du corps se fracassant contre les rochers, avant de se faire avaler par les vagues qui le recouvrait. Des gémissements, c’est ce que son imagination perçevait. Ou n’est-ce qu’une réalité qu’il refuser d’accepter ? Le mensonge avait toujours été sa priorité, lui permettant d’endurer les choses trop difficiles à supporter. Ces gémissements avaient peut-être existé. Et puis, il y avait le bruit de la drogue qui frétillait, excité par le spectacle qu’il venait de créer. Une drogue souillée par un acte inconsidéré, que Phoenix n’avait pourtant pas tarder à consommer. Les bruits de sa sœur, eux-aussi résonnaient. Ses cris, déchirés par le desespoir et la colère. Ses pas précipités vers le bord de la falaise, comme si la plaisanterie pouvait encore s’arrêter. La victime ressurgirait, un profond sourire aux lèvres, « Si tu voyais la tête que tu fais ! », s’exclamerait-il dans une déconcertante insouciance. Encore un mensonge qu’il était inutile de s’inventer. Tout avait existé. Et la plus cruelle des punition pouvait être infligée. Tel un douloureux coup de poing prêt à nous terrasser, et dont seul le souvenir parviendrait à nous blesser. Elle s’est retourné, et ses yeux d’une indescriptible violence l’ont regardé. Un visage déformé par une foule de sentiments qu’il serait trop long de citer. Du négatif en quantité, le genre d’expressions qu’il est impossible d’apaiser, et qui laisse une foule de cicatrices que l’on n’oserait difficilement imaginer. Des cicatrices que seul l’oubli pouvait diminuer, que seul le mensonge parvenait à contrôler. Ce visage, jamais il ne l’oublierait. D’un geste, il tourna ses yeux vers la poche de son jean qui renfermait quelques stupéfiants capable, à court terme, de le faire oublier. Mais il était encore trop tôt, la punition n’était pas terminée.

Balançant ses pieds dans le vide, les yeux baissés vers les vagues qui continuaient de s’agiter, Phoenix attendait. Le ciel était gris, la pluie s’annonçait. Une pensée curieusement réconfortante. Derrière lui, des bruits de pas s’approchaient, craquant des brindilles sous le poids de ses pieds. Phoenix ne bougeait pas, il ne se retournait pas. Il ne le voulait pas, et d’une certaine façon, il en était probablement incapable.

- Je t’attendais, finit-il par lancer, le gorge légèrement sérrée. Un mensonge, encore un. Comment aurait-il pu s’attendre à le retrouver, aussi bien il y a une vingtaine d’années que récemment, lorsqu’ils se sont retrouvés. Le destin n’avait manifestement pas finit de jouer. Il devait bien se marrer en les regardant se détruire, vivant ensemble les plus douloureuses des extrêmités. Entre amour et haine, c’est ce qui pouvait le mieux les qualifier. Et sur cette falaise, c’est de loin la haine qui l’emportait. Le destin, lui, savourait sans doute les retrouvailles aux perspectives cruellement violentes. Plutôt vicieux, l’enculé.

Phoenix ne parvenait toujours pas à se retourner, et aussi longtemps qu’il le pourrait, jamais il ne le ferait. Il ne voulait pas le regarder. Il ne pouvait, ne le devait pas. Des choses devaient être réglés, et si la violence devait bientôt s’imposer, il ne pouvait qu’espérer la retarder. Une dernière fois, Phoenix ferma les yeux. Il voyait le visage de celui qu’il voulait oublier, déformé par des sentiments aussi contradictoires que variés. Il était impossible de savoir lequel pouvait dominer, faussé par un éternel combat entre le mensonge et la réalité. Tiraillé entre sa furieuse envie de le retrouver, et son profond désir d’oublier le passé, Phoenix avait probablement adopté une expression neutre, trop contradictoire pour être dévoilée. Mais quelques jours plus tard, le passé l’avait déjà dévoré.

« Il est temps d’en terminer. Demain, sur les falaises de l’île. Ne viens que si t’es déterminé à me tuer. » C’est ce qu’il lui avait écrit, sur un papier subtilement glissé dans sa poche droite, alors qu’ils s’appliquaient à s’ignorer. Ainsi, sa présence signifiait que la haine, plus que jamais, dominait son esprit. Si Phoenix devait mourir, c’est au sommet d’une falaise que le sang devait couler. C’est ici qu’il avait tué, c’est ici qu’il serait tué.

- J’ai pas envie de lutter, continua-t-il, fais ce que t’as à faire. Tue-moi s’il te plait. C’est en prononçant ces derniers mots que les larmes se sont misent à couler. Des larmes qu’il s’était trop longtemps interdit de dévoiler. Elle roulèrent le long de ses joues, et se lancèrent dans le vide, pour s’écraser sur les rochers, des mètres plus bas. Et déjà, la mer dans une terrifiante violence, commençait à les dévorer.
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MessageSujet: Re: Autour de la mort, l'amour rencontrera la haine. [Z]   Dim 23 Aoû - 20:53

Cette deuxième existence avait été jusqu’alors une douce valse entre les corps et les lamentations futiles. Zadig s’était forcé à ne jamais plus penser au passé. A cette vie furieuse, à ces êtres qu’il avait détruis par pur égoïsme. Empêchant son esprit de divaguer dans les méandres d’un temps qui pourtant le hante. Rappelant par là même à sa conscience détraquée les trop nombreuses erreurs qui sans cesser, étaient venues s’accumuler dans le creux de son crâne endolori. Il serrait les poings et plissait les yeux. C’était fou, il ne lui avait fallu que quelques semaines pour mettre un terme définitif à sa lente agonie. Stupide chimère, son âme semblait s’y refuser encore aujourd‘hui. Rien n’avait pris fin. Tout n’avait été qu’encore plus douloureux après. La démence de son être le ramenait à son histoire, à ses excès. Des remords, il en était bourré. Ces infectes saloperies le rongeaient littéralement et le poussaient à provoquer les pires délires où le danger se mêle inévitablement très vite. Images, sentiments, chuchotis. Voilà que ce tourbillon terriblement aigre venait à le faire se noyer dans un songe imperturbable. Assit au fond d’un fauteuil défoncé par les couples qui s’y étaient étroitement liés. Les jambes tendues et les pieds posés sur un meuble en équilibre précaire. L’obscurité régnait en divine maîtresse dans la pièce qu’il occupait. Les volets fermés, seules quelques stries insolentes, transperçaient l’atmosphère délicate de sa dramatique cellule. Comme pris au piège dans cet endroit pourtant si tranquille. Sa psyché se dévoilait sous les travers d’un amoncellement de tissus, de bouteilles éparpillés et de mégots de cigarettes parsemant la chambre ruinée par ses bons soins. Mâchant nerveusement un crayon qu’il s’était fourré entre les dents préalablement, il fermait les yeux, imperturbable. Sa peau blanche paraissant miroiter l’ambiance malsaine de la pièce.

Comme un cadavre, il était immobile, inerte. Et ce, longuement durant. Finalement sa tête vient heurter rudement le dossier de son perchoir. Inspirant profondément, une soudaine douleur éclate sa poitrine. Gémissant sans pouvoir se retenir. Ce n’est pas la souffrance, ni même une quelconque sensation physique. C’est l’appréhension, l’amertume et peut être une détresse incontrôlée, qui le dominent. Zadig n’a pas peur. Personne ne pourrait le voir dans ce piteux état. Il est seul, spectre blafard parmi les ombres. Un bras se lève, ses doigts longs et fins triturent un petit bout de papier. Son membre engourdi tente de tenir, pour que ces yeux incertains lorgnent une dernière fois les lettres qu’il ne discerne que trop bien. Elles ne forment pas des mots. Encore moins des phrases. Elles n’ont plus de sens, mais le submergent et agitent son corps inlassablement. Il a scruté cette relique trop longtemps pour discerner l’heure qui follement à continuer sa course. Il est tard, ou peut être trop tôt. Il ne sait pas, et ne veut plus y croire. Mais le fait est là, il ne rêve nullement. Cauchemar superbe, aliénation effective. Faisant glisser le morceau manuscrit dans sa paume de main, il la referme aussitôt et broie rageusement ce dernier. Le beau brun au regard noir observe durement les zébrures blanches qui s‘invitent sur sa peau brulante. La décision est prise. Se levant brusquement, il est à moitié nu, comme trop souvent d’après ce qu’on lui a dit. Zadig sourit, avançant d’un pas lasse. Il croise son reflet dans l’un des miroirs. Son adorable visage se tétanise, se raidit. Plus aucunes émotions ne transpirent de lui. Prenant à la volée une chemise d’un blanc terni, enfilant le reste sans réfléchir. Voilà, il est prêt. Ses cheveux indisciplinés se dressent et s’entremêlent. Passant une main dedans, il n’en a rien à faire. Il ne changera pas, sa suffisance, son arrogance. Tout se met à éclater au grand jour grâce à cet aspect pour le moins débraillé et pourtant parfait.

Où est t’il ? Est-ce donc possible ? Le bel adonis se trouve sur l’un des bateaux de la côté, en direction des falaises. Le conducteur, vieux mais charmant, tente d’amener une discussion pour le court voyage que les unis. Dommage, il ne sait certainement pas que Zadig est déjà ailleurs. C’est à peine si il se rend compte de ce qu’il est en train de faire à ce moment précis. L’homme ne force pas, le visage de l’insolent ne trahit pas un quelconque mépris. Mais juste une absence insensée et ravissante. La jeunesse le fait sourire. Le pauvre ne s’imagine pas du monstre qui se dresse en face de lui. Emergeant à nouveau dans la réalité immonde, le messager de Satan salue respectueusement son guide et le dédommage généreusement. Une fois le bateau éloigné, il cherche dans sa poche de quoi se décontracter. Un paquet de cigarette apparaît, il en tire une et l’allume. Un geste répété mille fois, une habitude devenue naturelle. La fine ligne de poison entre les lèvres, il avance d’une démarche mitigée en direction des falaises. Les yeux suivant les cailloux, la tête penchée sur le sol. Plusieurs fois il trébuche, mais jamais il ne tombe. Comme un gosse trainant des pieds. Il hésite enfin à ne pas faire demi tour. Chancelant, la respiration saccadée, mais qu’envisage t’il de faire ? Aspirant la fumée mortelle, il se crame le bout des doigts par inattention. Lâchant des insanités, ça aura pour effet de le calmer. Soudain, la silhouette tant redoutée et à la fois espérée se profile non loin de lui. Il ne peut pas reculer, ses jambes l’attirent, ils ne les maîtrise plus.

Posté derrière lui, le jaugeant de toute sa hauteur. Il se sent dominant, et de ce fait, sa quiétude demeure. Il contrôle la situation. Les sourcils fronçés, les mains dans les poches de son pantalon et l’air flegmatique. Soudain, la voix de Phoenix arrache la mélodie lancinante des vagues et du vent. Il l’attendait ? Vraiment ? Cette parole fait tressaillir l’arrogant. Son pou s’accélère et les battements de son cœurs tentent de lui exploser la cage thoracique. Ca fait mal, ça le tut et puis ça l’abîme, encore un peu plus. Il ne dit rien, car les mots n’arrivent pas à se construire dans sa bouche infâme. Sa voix, il ne l’avait plus entendu depuis combien de temps ? Ce son magique, cruel, raisonne et se répercute dans tout son être. Une dernière injure sort de la bouche du jeune homme dos à son visage. Pourquoi ne pas le pousser dans l’abîme déchainée ? Ne réclame t’elle pas l’amant détesté ? C’est étrange, mais les notes de musique se brisent, alors que la phrase se termine. Zadig devine que les larmes inondent sa figure. Il s’énerve, c’est plus fort que lui. C’est pour se protéger, et puis ne pas montrer cet état similaire à lui.

    « Tu m‘indiffères. Pas la peine de cacher ta faiblesse, elle est là, bien visible. Je n’ai même pas la nécessité de voir tes traits pour me l’imaginer. »

Comme le mordant et injectant immédiatement son terrible venin. L’ingénu blâme ses mots, et ré-ouvre aussitôt la blessure infectée de sa poitrine, par cette réaction stupide et impulsive. Autodestruction palpable de son propre organisme. Eclatant littéralement de colère, ses sentiments allant comme toujours en crescendo, voilà qu’il ne parle plus mais hurle. Ses trippes se tordent, sa gorge semble avaler des rasoirs et ses joues s’enflamment.

    « Retourne toi ! Regarde moi ! Phoenix pourquoi pleurs-tu devant moi ?! C’est immonde, je te déteste, je te hais ! Attrapant d’un mouvement sec son bras, le forçant ainsi à s’électriser et suivre sa valse endiablée. Ses yeux se vident, son regard ne se fait plus enragé mais suppliant. Détresse incomprise, Zadig veut revoir sa victime meurtrie. Retourne… Regarde… moi. Pourquoi… Pourquoi tu ne m’en veux pas sale enflure… »

La crise s’éteint parce que la voix se coupe, se hache, s‘essouffle. La souffrance se fait trop vive. Alors qu’il le hait et ne souhaitait que le voir mourir sous son regard détaché. Alors qu’il ne souhaitait que le voir s’effondrer et enfin, il espérait pouvoir avancer sans cette dépendance. Rien ne se passe comme prévu. Il aurait dû s’en douter. C’était impossible, au fond… Il le savait. Et avoir de nouveau voulu croire à son mensonge c’était comme retourner en arrière. Retracer tout ce chemin parcouru, sans savoir pourquoi, ni comment, il en était finalement arrivé là.
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MessageSujet: Re: Autour de la mort, l'amour rencontrera la haine. [Z]   Lun 24 Aoû - 4:34

Trop épuisé pour retenir ses lourdes larmes, Phoenix les laissait glisser, au rythme des injures qui continuaient de s’élever. Derrière lui, la principale source de sa peine s’accordait avec le ciel énervé qui grondait. Les nuages gonflaient, imposant une couleur grisâtre qui annonçait une furieuse tempête. Alors qu’en haut de cette falaise, le combat avait déjà commencé. Et cette fois, Phoenix n’avait aucune envie de gagner. Dans quelques temps, les gouttes de pluies se mélangeraient avec ses larmes. Un avenir incertain, aussi proche que lointain. Après tout, la mort était venue le chercher, et sa colère ne semblait pas vouloir l’épargner. L’amour était la seule chose encore capable de le sauver. Mais pendant que le ton continuait de monter, ces sentiments enfouis, appartenant au passé, semblaient n’avoir jamais existé. Comment deux êtres capables de s’aimer pouvaient-ils à ce point se déchirer ? Allaient-ils vraiment s’entretuer ? Phoenix refusait de jouer. Si le souffle de l’un deux devait aujourd’hui s’arrêter, c’est du sien qu’il s’agirait.

L’un se fait dévorer par une dangereuse colère, l’autre attend, impassible et serein. Il n’a pas peur de mourir, la mort ne l’a jamais terrifié. Elle est déjà venue le chercher, et c’est avec confiance qu’elle pourra recommencer. Finir aux côtés de l’être aimé, d’une certaine façon, c’est tout ce qu’il pouvait espérer. Mais ce dernier était-il réellement capable de le tuer ? Sa rage pouvait-elle l’emporter sur les sentiments qu’il continuait d’éprouver. Zadig l’aimait, et il le savait. A ses yeux, la vérité était seulement trop dure à supporter. Son incapacité d’assumer, de fuir le bonheur tant qu’il le pouvait, ce sont des choses qu’il ne pouvait pas lui reprocher. Ces points communs les avaient un jour rapprochés, désormais, ils ne pouvaient que les séparer.

La mort s’avançait, et brutalement, elle l’obligea à se retourner. Que voulait-elle, qu’attendait-elle ? Comment croyait-elle que les choses pouvaient désormais se dérouler. D’un regard volontairement vitreux, Phoenix plongea ses yeux dans ceux de son ennemi, autant que son amant. Douleur, colère, perdition, doute, incompréhension, détresse, haine. Amour. Tout se bousculait, et d’ici, même Phoenix le ressentait. Cependant, il ignorait lequel de ces sentiments parvenaient à dominer. Si toutefois il existait.

- Pourquoi tu ne m’en veux pas sale enflure… avait-il péniblement prononcé alors que lentement, la colère se dissipait. De la haine, voilà ce qu’il attendait. Ne savait-il pas qu’il s’agissait de la seule chose que Phoenix était incapable de lui donner. Comment pourrait-il haïr celui qu’il a si longtemps aimé. De l’amour, il en avait en quantité. De l’indifférence, il était toujours capable d’en créer. Les regrets étaient la seule chose que son esprit ne pouvait effacer, allant parfois jusqu’à porter le lourd masque de la déception. Celle d’avoir subit une histoire si douloureuse, celle de n’avoir rien pu faire pour rendre les choses moins compliqués, celle de n’avoir pu trouver le bonheur, avec celui qu’il était pourtant capable d’aimer. L’amour, un sentiment qu’il s’était si longtemps pensait incapable d’éprouver. Pourquoi est-ce vers lui que son cœur s’est finalement affirmé. Il n’a été capable que de le faire saigner. Son cœur appartient à celui qui souhaite le tuer. Paradoxe intéressant, le plongeant dans une parfaite position d’infériorité. D’une main, Zadig pouvait désormais l’écraser. Alors qu’attendait-il pour tout arrêter. Le tuer, et s’en aller. C’est comme ça que les choses devaient se dérouler, la raison pour laquelle il s’était retrouvé. Feindre l’indifférence devenait si difficile à supporter. Cesser de respirer, pouvoir enfin se reposer. Quand ses yeux se plongeaient dans ceux de son meurtrier, mourir, c’est tout ce qu’il voulait.

La colère de l’un se dissipait, le désir de l’autre commençait à monter. Comment l’amour pouvait-il si vite effacer les souffrances passées. Pourquoi était-il incapable de le détester. Ils ne s’étaient jamais entre-tuer, car Phoenix avait depuis toujours adopté la position d’infériorité. Mourir ou être épargné. Depuis longtemps, c’est la seule chose que son cœur ensanglanté pouvait encore espérer. L’indifférence était le seul mensonge qu’il était encore capable de s’inventer. Mais alors qu’il regardait intensément la personne qui quelques secondes plus tôt, souhaitez le voir s’effondrer, ses yeux désespérés s’étaient finalement illuminés. Ils n’étaient plus vitreux, le désir les avait allumés.

- Je peux t’aimer. Je peux t’ignorer. Mais ne me demande pas de te détester. Je ne pourrais jamais , répondit-il d’une voix éteinte, avant de s’allonger à ses côtés, observant les nuages qui continuait de gonfler.

Phoenix tourna lentement la tête, ne pouvant résister à l’envie de voir son visage d’ange, qu’il désirait fuir autant qu’aimer. Tant d’années passées sans pouvoir le regarder, sans pouvoir le toucher. Pourquoi la mort avait-elle était incapable de les rapprocher. Le destin s’appliquait pourtant si bien à les réunir. Ne voulait-il que s’amuser face à un spectacle violent et ensanglanté ? Pour quelques minutes, le combat était sans doute terminé. Entre amour et destruction, Phoenix lança une conversation sur un ton calme et posé. Avait-il déjà oublié que l’homme à ses côtés était son adversaire, pas son allié. Le ciel grondait, l’amour l’aveuglait.

- Dis Zadig, le diable, comment il a fait pour te posséder ?

Phoenix avait encore envie de pleurer. Pleurer pour ses erreurs passées, pleurer pour son cruel désir seulement capable de le faire souffrir, pleurer pour cet amour qui n’aurait jamais du exister, pleurer pour son cœur qui agonisait, gémissant et tâché de sang, au point de vouloir s’arrêter. Mais sa faiblesse, il ne pouvait plus la dévoiler. Et déjà, la pluie commençait à tomber, éclaboussant son visage de gouttelettes fines et glacée. S’abattant sur la scène d’un cruel spectacle qui ne faisait que commencer. Sauvagement, l’amour et la haine se confrontait, et l’issue du combat restait parfaitement secret. La seule chose que tout deux étaient capables d’affirmer, était que d’une façon ou d’une autre, les choses ne pouvaient que mal se terminer.
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MessageSujet: Re: Autour de la mort, l'amour rencontrera la haine. [Z]   Lun 24 Aoû - 11:53

Sans savoir comment, ni pour quelle raison, Zadig avait fini par s’effondrer. Ses jambes traitresses n’avaient eu la force de le soutenir plus longtemps. Les yeux n’ayant quitté cet être détesté, il n’avait même pas eu le temps de réalisé qu’il avait encore une fois chuté. C’était trop dure, c’était trop tôt. Et puis aussi trop tard. Pourtant le moment présent, il n’avait fait qu’y penser pendant près d’une éternité. C’était long, et peut être un peu court. Il ne savait plus rien, son crâne lui faisait mal. Son corps tout entier semblait transpercé tel un condamné fusillé, face au mur de l’abandon et de la certitude. Il avait fui, toujours il s’était échappé, parce que tout ceci l’insupportait. Serrant la mâchoire pour ne pas gémir, serrant les poings pour ne pas agir. Il devait écouter, il ne pouvait plus se détacher. Les genoux dans la terre, les épaules tombantes, était-ce bien l’arrogant haineux d’auparavant ? Son visage n’exprime plus rien alors que doucement l’inconcevable remonte aux travers les paroles de son interlocuteur. La voix apaisant sa rage, la symphonie oubliée reprend lentement, comme avant. Elle fait tourner ses notes et claque ses sons dans l’esprit désespéré de l’ingénu. Aux bords de la falaise, le climat ne lui est plus favorable. Il semble ne souhaiter que le pousser, toujours un peu plus, dans sa démence parfaite. L’imbécile destin, si tel était son désir, il n’aurait jamais dû laisser la parole au jeune homme face à ses yeux. Il aurait dû lui arracher ce visage, et n’en laisser qu’un désastreux monstre. Parce qu'ainsi, ses bras meurtriers n'avaient plus la moindre force. Sa gorge se sert, à n’en plus pouvoir respirer. C’est terrifiant et puis enivrant. Aimer est un étrange concept, Phoenix venait de le lui prouver. L’incompréhension peut dorénavant se lire dans ses traits, Zadig ne suit plus, il est perdu. Le destin voulait t’il faire de ce dégénéré l’un des martyrs les plus pitoyables que la terre ait connu ?

Refoulant violemment les sentiments qui le traversent, la rage se mélange terriblement à la tristesse. Celle-là même qui le consume depuis le début de cette débauche insensée. Voilà que sa dépendance vient s’abattre à son côté. Comme un oiseau touché par l’immonde chasseur. Serein, il parait accueillir sa prochaine mort. Délicieuse, souhaitée, le tatoué désiré s’allonge là. Juste assez proche pour que les yeux de Zadig perçoivent les moindres détails tant connus et réprimés de sa mémoire malade. Punition que le créateur veut lui infliger ou juste diabolique amusement de l’ignoble mère nature. La bataille a rapidement commencé, puis elle s’est éteinte. Mais encore, les cendres des canons brûlent la peau du beau brun. Détournant son visage vers l’horizon, le vent gifle sa figure d’enfant. Il ne faut pas regarder, il ne faut plus se tenter. Peine perdue d’avance, le corps de son vice inonde la moindre de ses perceptions et de ses pensées. Comment l'existence a-t-elle réussi l'exploit de les faire se rejoindre ? Pourquoi a-t-il eu la stupidité de se damner. Un sur deux, c’était assez. Balançant en arrière, il s’assoit sur le sol humide, et pose ses bras sur les genoux sales. En apparence, peut être, il est paisible. Mais en son plus profond intérieur, le tout fulmine. Le visage dure et silencieux. L’amère impression de se noyer en eaux troubles le submerge. En manque d’oxygène, en manque de réponses. Il se débat mais n’arrive pas à atteindre les rayons du soleil. Ca ne sera jamais limpide, parce qu’il s’en empêche incompréhensiblement. C’est plus fort que sa propre volonté, que sa raison ou quoique ce soit d’autre.

    -« Il m‘a suffit de te fuir, par deux fois, pour attirer son intérêt. L’une a coûté la vie de mon frère. La seconde, se fut la mienne qu‘on faisait disparaître. »

Il avait donc encore lâché les infectes paroles en guise d‘explications. Le souvenir de ces épisodes le font tressaillir, le corps de son double devant les yeux, les sirènes d’ambulances rugissantes. Il sursaute presque imperceptiblement, revivant la scène, qu‘il s‘était obligé à ne jamais plus regarder. Ca avait été trop brutal, il avait agis sans réfléchir, par pur égoïsme. Fermant les yeux et passant ses mains devant. Il veut définitivement masquer la réalité et sombrer dans son monde intouchable. Tout est faux, il le sait. Il regrette. Jamais il n’aurait dû s’éclipser. Il avait réussi à détruire tous ceux qui tenaient à lui. Et ce, en moins de temps qu’on ne pouvait le concevoir. L’une des capacités où le bellâtre exerce en maître, d’après ce qu’il a compris. Les gouttes de pluie irisent sa peau sensible, déchirée. La souffrance est intenable, elle lacère ses entrailles.

    « Je suis… Tellement désolé » Sa voix se brise comme un vase que l’on explose sur le sol, en rage. Il pleur, recourbé en avant, les mains cachant ses larmes. Elles balayent son visage, pour la première fois depuis sa propre mort. Sa poitrine est prise de spasmes irrépressibles. « Pourquoi avoir suivi ma connerie Phoenix ? Un sur les deux qui se flingue, s’était pas assez pour toi ? » Essayant de reprendre le contrôle, en vain. « J’espérai ne jamais plus te revoir. J’espérai juste… Pouvoir m‘effacer de toutes les vies que j‘avais en partie dévasté. » Les sanglots se font plus forts, il gémit de douleur et d’impuissance. De fureur, de colère. Contre lui et la terre entière. « Je pensais. Je pensais qu’après ça tout serait terminé. Mais je n’ai pas réussi. Tout… A encore foiré… »

Se balançant d’avant en arrière pour tenter de restreindre sa crise, de dompter son malaise. Il a dépassé les limites qu’il s’était fixées, Phoenix a fait dégager les barrières que son esprit avait érigé. Sa voix est agitée, et ses yeux à nouveau boursoufflés. Cette sensation le libère et puis l’enchaine. Il n’en peut plus, on lui arrache les tripes, on lui ouvre le torse pour en extirper le cœur. Véritable boucherie irréelle pour un corps instable et hurlant.
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